Aujourd’hui Simon (Pizzo, 2015E) nous détaille son parcours et sa prise de conscience concernant la profondeur des bouleversements écologiques actuels. Sa césure lui a ouvert les yeux sur l’urgence de la situation et a déclenché sa volonté d’exercer un métier à fort impact social et environnemental. Bonne lecture.

Rompre avec le cadre Centralien et explorer les ENR
Lorsque j’ai fait le bilan de ma première année à centrale, je me souviens m’être fait la remarque que, en plus du sentiment (presque) quotidien de suivre des cours qui ne m’intéressaient pas fondamentalement, j’ai aussi eu l’impression avec du recul que ces cours du tronc commun étaient donnés dans un contexte industriel des années 80-90, avec des intervenants modelés par cette période et ses enjeux. Souhaitant m’éloigner de cette philosophie de production et de process industriels à grande échelle qui ne me convenait pas, mais également quitter les bancs des amphis pour rentrer dans le monde professionnel, l’année de césure s’est imposée à moi comme une évidence. J’ai donc réalisé au cours de mon année de césure 2 stages dans les énergies renouvelables, dans le but d’essayer de me faire une idée plus concrète de ce secteur à enjeux – qui m’intéressait, dont on entendait parler tous les jours et sur lequel je me renseignais – mais qui restait tout de même très flou à mes yeux. Mes stages ont tous les deux été dans le solaire photovoltaïque, ce qui est probablement la porte d’accès la plus facile aujourd’hui vers le monde des énergies renouvelables. Le premier s’est déroulé en France dans une grande entreprise et le second à Tahiti, dans un (tout) petit bureau d’études.
De belles expériences professionnelles pour trouver sa voie…
Ces stages m’ont donné de nouvelles pistes de réflexion, m’ont confronté à des façons de penser nouvelles, à des problématiques plus concrètes et m’ont surtout ouvert les yeux sur le fait que les énergies renouvelables ont beaucoup plus de valeur et de sens quand elles sont intégrées à des projets menant une réflexion sur l’efficacité énergétique globale et l’analyse de cycles de vie. En effet, une construction durable ne passe pas uniquement par la production d’électricité et de chaleur d’origine renouvelable mais aussi et surtout par la limitation des déperditions thermiques et de la consommation d’énergie, par la récupération de l’énergie, par le choix de matériaux à faible impact carbone (biosourcés, locaux…). Ma dernière année d’étude à centrale s’est déroulée dans le cadre du parcours « Energie et Bâtiments Durables » qui explore justement ces notions.
Le métier d’ingénieur est présenté comme celui de quelqu’un qui, grâce à
son large spectre de connaissances et son niveau de compréhension du monde qui
l’entoure, devra trouver des solutions, des process, des technologies pour
répondre à un besoin ou une problématique.
Pour qualifier l’ingénieur de demain, je rajouterai un élément à cette
définition, qui est de considérer les défis sociaux et environnementaux dans
chacune de ses décisions, pour se poser les bonnes questions et prendre le
recul nécessaire sur ses projets et leurs impacts. Il est évident que certains
secteurs sont plus propices au changement que d’autres, mais dans les secteurs
où l’inertie est forte, il faut initier un changement de mentalité et une prise
de conscience, et je pense que l’ingénieur centralien est l’homme – ou la femme
– de la situation !
Je suis actuellement en TFE en Belgique dans une entreprise (ISSOL) qui développe du vitrage actif (photovoltaïque) pour des projets architecturaux et j’aimerais à terme pouvoir m’engager dans une entreprise dans laquelle le cœur du métier est l’efficacité énergétique globale d’un bâtiment, en déterminant ou développant la solution la plus adaptée.

Et prendre conscience des profonds enjeux écologiques actuels
Avant
de partir 6 mois en Polynésie française, j’étais satisfait de mon comportement
vis-à-vis de la planète : j’éteignais systématiquement mes lumières en
quittant un pièce, je prenais des douches rapides, je triais mes déchets,
j’évitais le gaspillage alimentaire.
Une fois arrivé là-bas, j’étais enchanté de vivre sur un archipel perdu au
milieu de Pacifique, que j’imaginais – naïvement – à la marge des problèmes
environnementaux, avec ses plages de sable blanc, ses fonds marins plein de
vie, sa forêt luxuriante et ses faune et flore si particulières. Mais très
rapidement, au contact de la population locale, on m’a dit et montré que leur
écosystème – très fragile – se dégradait rapidement : le réchauffement des
eaux détruit petit à petit les coraux et les fonds marins, causant la
disparition de nombreux poissons et d’oiseaux marins, au profit d’espèce plus
résistantes ou « importées » (type pigeon). Les plus anciens ont pu
voir cette dégradation et sont particulièrement pessimistes quant à l’avenir,
notamment du fait du mode de vie des plus jeunes générations, qui basculent
petit à petit dans une société de consommation « à l’occidentale » et qui
sont beaucoup moins attachées à leur île que leurs parents. Et qui dit société
de consommation dit beaucoup de déchets, et sur des si petites îles, la
pollution est tout de suite plus visible : décharges à l’air libre, plages
remplies de déchets plastiques qui finissent souvent emportés par l’océan. Cela m’a permis de réaliser à quel point les
écosystèmes fragiles sont sensibles au réchauffement climatique, à la pollution
plastique et à tout ce qui est globalement lié à notre société et mode de vie
actuels. L’idée assez répandue que ce sont nos enfants qui subiront les
conséquences de nos actes est totalement fausse : notre environnement ne
se dégrade pas à la même vitesse partout mais cette dégradation va
progressivement s’accélérer et tous nous toucher.
Nos gestes d’aujourd’hui comptent donc et sont même ceux qui vont conditionner
l’avenir de notre planète ! Avec de la bonne volonté, des gestes
quotidiens peuvent être adoptés pour essayer d’enrayer ce phénomène :
limiter ses déchets (aller vers un mode de consommation zéro déchet ?),
faire attention à ce que l’on mange (préférer l’approvisionnement local, manger
moins souvent de la viande et du poisson mais en manger de meilleure qualité),
préférer les cycles courts, utiliser les modes de transport alternatifs
(transports en commun, covoiturage, vélo) font partie des résolutions
accessibles à tous. En plus de leur intérêt écologique, ces gestes permettent –
d’après moi – d’améliorer également le quotidien : manger mieux, reprise
du sport, participation à l’économie locale…



